Momo et Pachermo

Le Népal, pays renommé pour ses montagnes vertigineuses réservées aux alpinistes expérimentés n’en reste pas moins un pays offrant une multitude de possibilités de trekking.

Tour du Manaslu, camp de base de l’Everest, tour du Dhaulagiri, balcon des Annapurnas, sont parmi les plus classiques et donc aussi les plus fréquentés. Pour un second voyage dans ce pays, je souhaite toutefois trouver un itinéraire plus inédit. Après quelques recherches mon attention est attirée par une vallée décrite comme authentique, délaissée des trekkings et longtemps interdite aux touristes : la Rolwaling Valley. Toute proche de la frontière tibétaine, l’itinéraire sauvage et accidenté qui la parcourt traverse au début de denses forêts aux nombreuses cascades avant de devenir beaucoup plus minéral dans sa partie supérieure. Elle se termine par un impressionnant cirque glaciaire et par le Tashi Lapcha, col à 5750 mètres d’altitude qui donne accès à la vallée du Khumbu. Cerise sur le gâteau : depuis ce col, l’ascension du Pachermo (6270 m) constitue aussi un bel objectif. Et quoi de plus tentant que de fêter les 60 ans de sa première ascension réalisée par Denis Davis et Phil Boultbee. C’est aussi par cette vallée du Rolwaling qu’eurent lieu en 1951 les premières expéditions de reconnaissance pour accéder à l’Everest.
Une analyse plus approfondie me montre aussi la possibilité de poursuivre l’aventure en remontant vers le Cho Oyu par la vallée Bhote Khosi, de passer le Renjo Pass (col à 5350 m) et son panorama sublime sur l’Everest, avant de descendre sur Gokyo, rejoindre Namche Bazar et finalement Lukla.
Reste alors à peaufiner l’itinéraire, trouver l’agence « idéale » (pas facile tant le choix est abondant), constituer une petite équipe d’amis intéressés par le projet et mettre tout cela en musique.
Le16 octobre, la partition est terminée. Il ne reste plus qu’à la jouer ! L’octuor et son chef d’orchestre sont au rendez-vous à l’aéroport. Le spectacle peut commencer.
Un peu moins de 20 heures après notre départ, nous voilà à Kathmandu mais première fausse note : sans aucun de nos bagages ! Ils sont restés à Delhi ! Nous apprenons que le gouvernement indien est en désaccord sur certains points de la récente constitution mise en place au Népal. Conséquences : tensions entre les deux pays, blocage de certaines fournitures à la frontière, perturbation dans le transport aérien des bagages. L’Inde a aussi stoppé tout approvisionnement en produits pétroliers depuis plus de trois semaines. L’essence arrive au compte-goutte et son prix flambe ! Nous verrons des files de voitures, de bus et de motos sur plusieurs kilomètres devant les rares stations d’essence encore fournies. Spectacle désolant pour ce pays déjà tellement meurtri pas le récent tremblement de terre.
Comme annoncé, nous sommes attendus à l’aéroport par un représentant de l’agence. Après une petite présentation nous voilà décorés du traditionnel collier de fleurs en signe de bienvenue et emmenés à notre hôtel. Quelle joie de pouvoir s’étendre et se reposer un peu après ce long voyage. Nous rencontrons aussi le directeur de l’agence qui après les quelques formalités d’usage nous apprend une deuxième petite fausse note : nous devrons marcher un jour de plus car le bus ne pourra pas nous déposer aussi loin que prévu. La route est encore en trop mauvais état. Comprenant la situation, nous reprenons notre partition et en avant la musique !

Nous consacrons la journée du lendemain à la visite de quelques lieux importants de la ville et découvrons ainsi le célèbre stupa de Bodhnath décapité de son magnifique dôme doré. Ce haut lieu de spiritualité bouddhiste offre ainsi un bien triste spectacle. Nous découvrirons aussi d’autres bâtiments fortement endommagés lors de notre visite à Bhaktapur, ancienne cité-état du Népal.
Nous embarquons enfin avec nos bagages (ils sont arrivés avec 1 jour de retard) dans un bus qui nous emmène au village de Jagat, départ reculé de notre trek. Le terrain qui tient lieu habituellement de camping est envahi de baraquements faits de matériaux disparates qui tiennent miraculeusement debout. Ils hébergent des habitants de la vallée dont les maisons ont été anéanties lors du séisme. Nous y faisons aussi la connaissance de nos porteurs, de l’équipe cuisine et de nos 3 guides, soit 28 personnes pour notre nonette.
Au cours des premiers jours de trek nous traversons des forêts de bambous et de rhododendrons entrecoupées par des cultures en terrasse à l’approche des villages. La musique de la nature y est belle et douce. Nous montons progressivement en intensité et atteignons les 2000 mètres à Simigaon, village qui marque l’entrée de la vallée du Rolwaling. Le Gaurishankar la domine du haut de ses 7135 mètres. Il forme également une barrière naturelle entre le Népal et le Tibet. En trois jours, nous atteignons Na et dépassons déjà les 4000 mètres d’altitude. Nous y resterons 2 nuits afin de parfaire notre acclimatation. Ensuite, nous entrons dans un autre univers, fait de roche et de glace. Le tempo change radicalement. L’approche des hauts sommets a quelque chose d’envoutant. Ils agissent comme une force magnétique pour certains alors que pour d’autres ils marquent le début d’une certaine limite physique. Durant une journée entière nous progressons dans l’incroyable chaos du glacier Trukarding. Des blocs de rochers souvent instables recouvrent le glacier. Nos yeux sont rivés sur chacun de nos pas. Ici, on ne plante pas sa tente, on la dépose où c’est possible. Le jour se lève à peine quand nous sommes déjà prêts pour la journée suivante. Celle-ci doit nous mener normalement 1000 mètres plus haut au col Tashi Lapcha à 5750 mètres d’altitude, au pied de notre objectif sommital, le Pachermo. Un imposant ressaut rocheux nous sépare encore du glacier Drolambau, donnant accès à ce col. Les guides y installent des cordes fixes pour aider les porteurs dans cette partie très délicate et aérienne de l’itinéraire. Lestés de 40 kilos sur le dos, c’est vraiment impressionnant de les voir progresser sur un tel terrain. Ce jour-là, nous n’atteignons pas notre objectif. Le temps change rapidement et des nuages menaçants envahissent peu à peu le ciel. 600 mètres nous séparent encore du col. Les tentes à peine installées, la neige se met à tomber, faisant disparaître peu à peu notre existence en ces lieux. Des questions se posent mais ne trouvent que d’autres questionnements en guise de réponses. Au petit matin, nous reprenons décidés notre approche du col. Les porteurs éprouvent beaucoup de difficultés dans certains passages du glacier. Bien équipés mais sans crampons, leurs pas glissent souvent dans la neige profonde qui recouvre traitreusement la glace. La densité des nuages nous empêche d’admirer le spectacle qui nous entoure. Au bout d’une progression assez éprouvante le col est enfin atteint et nous installons notre campement juste en contrebas. Il a encore neigé pendant la nuit mais au lever, en ouvrant notre tente, le Pachermo se dresse devant nous. Serait-ce pour nous féliciter ? Ou bien pour nous mettre en garde sur une éventuelle tentative de remonter ses pentes de neige fraîche et avalancheuses ? Face à l’évidence, nous nous contentons de l’admirer quelques instants avant d’entreprendre une descente infernale sur Thame, 1800 mètres plus bas.
La seconde partie du trek est beaucoup moins éprouvante mais nous réserve une belle surprise. L’arrivée au Renjo pass constitue un moment sublime. Nous sommes devant un panorama époustouflant. Où regarder ? A gauche ? A droite ? Devant ? Derrière ? … partout des sommets prestigieux nous entourent. L’Everest est devant nous et à ses côtés le Lhotse, le Nuptse, le Pumori, le Baruntse, le Cholaste,…..
Emerveillés par ce spectacle impressionnant, nous descendons de notre nuage et rejoignons Gokyo d’où nous apercevons encore le Cho Oyu. Nous sommes alors dans la vallée du Solu Khumbu, célèbre vallée qui rejoint Lukla et fréquentée par une foule impressionnante de trekkeurs, alpinistes, leurs porteurs et sirdars. A cela se mêlent les locaux, leurs vaches, mules et yaks. Le changement est pour nous radical. Nous avons croisé à peine 10 occidentaux sur 2 semaines et nous voilà sur la rue Neuve, sans ses magasins. Nous arrivons enfin à Lukla et son aéroport mythique - mystique ? Piste courte et inclinée, plongeant dans le vide … un avion peut-il vraiment y atterrir et décoller ? Eh bien oui puisque j’ai pu écrire ces quelques lignes !
Pour conclure, je tiens à souligner la compétence de nos guides et la qualité de l’encadrement général du trek. Les porteurs étaient solides et bien équipés et les cuistots nous ont mitonné des plats comme eux seuls peuvent le faire dans pareilles conditions. Dès les premiers contacts, l’agence s’est montrée sérieuse et a été en tout point à la hauteur de nos attentes. Bravo Yatri Trekking, agence parfaitement recommandable !
Un tout grand merci à Iman (directeur de l’agence), nos guides Bise, Tulsi, Man, nos 5 cuistots et nos 19 nos porteurs
Ont participés à cette aventure :
Philippe et ? Vandevelde
Jean-Pierre Devaux
Arnaud Thille
Paul Van Boeckel
Yves Raymaeckers
Didier Winderickx
Eric et Michelle Thille

Eric Thille