Namasté mes amis…

Nous espérons que vous vous portez bien depuis notre dernier message, il y a de cela un mois.

Et oui, le temps passe et il est clair que nous aurions aimé rester un peu plus longtemps aux côtés de tous nos amis Népalais et de tous ces enfants qui chaque jour nous fournissaient notre petite dose de bonheur et de motivation pour faire avancer tous nos projets.
Des projets et des objectifs de construction d’écoles ! Ce n’est pas cela qui manque au Népal suite à ce terrible tremblement de terre du 25 avril dernier. Dans les régions les plus isolées où près de 90% des habitations ont par endroit été détruites, la reconstruction n’a même pas commencé. Les Népalais, eux, font face à cette situation avec grand courage et fatalisme, mais ils semblent malgré tout révoltés contre l’inefficacité du gouvernement. Comme nous avons pu le constater à Katmandou, le patrimoine architectural Népalais classé au patrimoine de l’Unesco, a été sérieusement endommagé et plus particulièrement les temples mythiques de Dubar square, Patan, Bhaktapur. Beaucoup de maisons à Katmandou ne sont plus habitables au risque de voir celles-ci s’effondrer à la moindre secousse. Cette ville reste néanmoins relativement épargnée en comparaison avec d’autres régions de l’Himalaya.
De plus, le Népal subit actuellement une crise hors norme, suite au séisme, due au manque de touristes (70% de tourisme en moins cette année) et à la crise politique que le pays subit actuellement avec la fermeture des frontières avec l’Inde, provoquant une pénurie de carburant et de certains matériaux. Les Népalais crient à l’aide internationale pour remettre au plus vite leur pays d’aplomb. Ils n’arrivent plus à sortir la tête de l’eau sans qu’une nouvelle catastrophe arrive.
C’est pourquoi, face à ce tourbillon infernal ravageur, nous nous réjouissons aujourd’hui mon équipe et moi de ce que nous venons de réaliser en si peu de temps, en faveur de ce peuple formidable que nous aimons plus que tout.
Notre objectif de départ est plus qu’atteint, puisque nous avons réalisé trois écoles et qu’il était prévu d’en réaliser deux.
Effectivement, dès notre arrivée dans le village de Gola et après 9h de marche, nous avons de suite mis en place une réunion avec notre amie Sunita et tous les représentants de cette école. Après quelques bavardages typiquement népalais, il en ressort qu’un autre village situé non loin de Gola a absolument besoin de notre aide, pour redonner vie à leur école. Ce petit village s’appelle Linggam et il est situé à 1750m d’altitude à 1h30 de marche de Gola. Cette école accueille 60 élèves et 3 professeurs. Elle n’est plus utilisable depuis le séisme. Par conséquent, les enfants font cours dehors sous des abris bâchés constitués de bambou. Ne pouvant les laisser dans une telle situation, Marco décide en accord avec Seppi de scinder l’équipe en deux et de partir immédiatement à Linggam durant 15 jours, pour permettre aux écoliers de réintégrer rapidement celle-ci, avant les grands froids de l’hiver.
En parallèle, l’équipe italienne doit s’occuper de rebâtir totalement une partie de l’école de Gola située à 1100m d’altitude. Ces deux équipes se sont pendant deux semaines retrouvées dans ces deux villages pour apporter leur énergie et galvaniser celle des villageois. Les forces se sont magnifiquement additionnées pour faire aboutir ces deux écoles en un temps record et cela, grâce à l’approvisionnement régulier en ciment et en sable par environ 30 ânes. Aujourd’hui, ces deux écoles peuvent dorénavant accueillir à nouveau tous les étudiants.
L’objectif n’étant pas totalement atteint puisqu’il nous fallait encore intervenir à Karmarang, respectant ainsi nos engagements de départ. C’est donc après une cérémonie d’adieu hors du commun et riche en émotions, que nous quittons tous nos amis de Gola et Linggam avec lesquelles nous venions de tisser des liens intenses durant 15 jours.
Pour ce faire, nous rejoignons le petit village splendide et traditionnel de Karmarang, perché à 1350m d’altitude au milieu des rizières et des bananiers. Nous constatons rapidement que cette région de l’Himalaya proche de la frontière Tibétaine et du massif du Kangchenjunga est soumise à une extrême pauvreté. Plus les villages sont isolés et plus la pauvreté se fait ressentir, ce qui nous réconforte dans notre jugement de départ, à savoir, intervenir dans des villages éloignés, loin de la capitale, tout en restant dans la vallée du MAKALU qui nous est chère.
Les habitants des villages que nous traversons à flanc de montagne pour rejoindre Karmarang, sont étonnés de nous voir, et nous avouent rapidement qu’ils n’ont pas l’habitude de rencontrer des touristes dans le coin. Séance tenante, le contact s’installe avec la population si chaleureuse. Ils nous demandent promptement ce que nous avons l’intention de faire ici. Illico, nous leur expliquons que nous sommes une Association humanitaire Française et que nous sommes là pour aider le peuple Népalais à reconstruire leurs écoles détruites. Chemin faisant, nous nous arrêtons dans le village suivant, à Lungsung, car nous savons que leur école est dans un état déplorable. Cette école accueille 120 élèves ne pouvant aujourd’hui plus recevoir d’enseignement. C’est après discussion avec le Head Teacher et les représentants du village, que nous leur promettons de revenir en octobre 2016 pour leur construire une nouvelle école flambant neuve.
Un nouvel objectif venait de naître pour l’équipe en l’espace d’une heure.
Après 4h15 de marche, nous arrivons de nuit à Karmarang, accueillis d’entrée par l’aboiement infernal des nombreux chiens errants. Epuisés, nous nous installons rapidement dans la maison d’un des habitants du village. Les propriétaires sont des commerçants et ont accepté de nous accueillir pour quelques jours. La maison se situant juste à proximité de l’école, nous constatons rapidement l’ampleur des dégâts provoqués par le tremblement de terre. Le lendemain et après un court meeting avec les représentants du village, nous prenons la décision de détruire totalement l’école constituée de deux étages, pour repartir avec de bonnes fondations en ciment et non pas en Mitti (terre mélangée avec de l’eau servant de colle) comme ils avaient l’habitude de faire faute de moyens. 8h ! C’est le temps total qu’il nous a fallu à tous pour mettre à plat cette école, du jamais vu ! La tâche qui nous attend est rude, mais rapidement l’organisation se met en place avec l’aide de tous les villageois. Nous profitons de ce court séjour à Karmarang pour distribuer nos derniers vêtements, bijoux et objets en tout genre à tous les enfants et habitants, comme nous l’avions fait ultérieurement à Gola et Linggam.
Catherine, le médecin de l’équipe se met rapidement en place dans le petit dispensaire vétuste, pour accueillir ses nouveaux patients. Environ 20 à 40 personnes par jour défilent au cabinet médical pour divers problèmes liés aux conditions d’hygiène, provoquant des cas de dysenterie et maladies de peau en tout genre. Catherine a pu constater aussi le pourcentage élevé d’accidents domestiques de brûlures infantiles dues aux foyers ouverts de cuisson, réalisés à même le sol dans les maisons népalaises, provoquant ainsi de graves brûlures du 2ème et 3ème degrés. Parfois, nous profitons d’un moment d’accalmie pour faire dessiner tous les enfants du village. Nous leur faisons choisir à chacun 2 ou 3 dessins réalisés par les élèves de CM1 et CM2 de l’école de Thoiry. C’est un moment que nous n’oublierons jamais, nous sommes heureux et attendris devant tous ces bouts de choux. Le jumelage tant attendu entre les enfants de Karmarang et Thoiry est chose faite, nous sommes réjouis. Marco a récupéré tous les dessins des enfants qu’il apportera à Catherine, une des institutrices pleine d’entrain, de l’école de Thoiry. Il se réjouit de revoir tous ces enfants de Thoiry, pour leur présenter son nouveau film, actuellement en cours de réalisation sur cette histoire humaine extraordinaire.
Chito ! Chito ! Massala Dhunga (vite ! vite ! du ciment et des pierres). Et une, et deux, et trois écoles en un mois, nous n’en revenons pas. Chacun d’entre nous est éprouvé par ces épreuves réalisées dans un environnement plus que précaire, mais heureux de penser qu’il y a dans trois endroits de l’Himalaya, des enfants qui chaque jour pensent à nous en allant étudier dans leur nouvelle école. La satisfaction de l’équipe est grande. Ainsi se prolonge la vie de Nil Prasad Gurung et de Ludovic Challéat, ainsi Gola, Linggam, Karmarang se projettent dans le futur, ainsi notre expédition trouve-t-elle le sens que nous entendions lui donner. Ainsi est-il question de mémoire, d’amitiés, de fidélité, de modestie.
Nul doute que nous serons de retour là-bas dans un avenir proche.
Un grand merci à mon équipe, amis et donateurs pour l’intérêt que vous avez apporté à notre projet.
Namasté à tous et Chito ! Chito ! Massala»

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