In Memoriam: Fernand Deridder (12 mai 1931 – 31 mai 2015)

Notre ami Fernand vient de s’éteindre dans son sommeil, à l’âge de 84 ans. Fernand et son épouse Mady étaient deux figures marquantes des années septante et quatre-vingts à Freÿr.

Les grimpeurs de cette époque se souviennent avec nostalgie de ces folles fins de semaine où chacun se connaissait et se retrouvait à camper sur le plateau de Freÿr – qu’on appelle actuellement le bivouac – après leurs rudes journées d’escalade.
En ces années, pratiquement tous les grimpeurs campaient chaque semaine, hiver comme été, entre amis ou en famille, délaissant les voitures qu’ils abandonnaient au parking. Nombreux sont les petits enfants de l’époque qui, à peine nés, s’ils n’y ont pas été conçus, ont acquis à Freÿr l’esprit d’aventure et l’amour de la nature. Arrivant tard le soir du vendredi, certains ne se résignaient à quitter leur paradis que tôt le lundi pour se rendre directement à leur lieu de travail, imprégnés de la fumée du feu de bois et de leur sueur, ce que nous appelions « l’odeur de Freÿr ».
Tous ceux de cette époque ne cessent de dire qu’ils ont vécu là les meilleurs moments de leur vie. Fernand Deridder et sa merveilleuse épouse étaient de ceux-là. Je me souviens aussi de leur adorable fille d’une douzaine d’années, une véritable fée égarée sur Terre, qui n’a pas survécu à la leucémie qui avait déjà emporté son petit frère. Fernand et Mady avaient alors connu le plus grand malheur que l’on puisse imaginer, mais ils avaient, en partie grâce à l’attention de leurs nombreux amis, réussi à le transcender et à rayonner autour d’eux leur gentillesse et leur sourire.
Freÿr, la montagne et les voyages leur permirent de retrouver un intérêt pour la vie. Mady mourut trop tôt, dans toute sa beauté, sans doute avide de retrouver ses enfants. Fernand perdit alors celle qui l’avait tant comblé. Il retrouva une compagne, la veuve d’un de ses grands amis. Denise aussi quitta la Terre et Fernand se retrouva seul une nouvelle fois. Agé de quatre-vingts ans, il perdit la santé, mais bien appuyé pas ses neveux, il passa un temps considérable à rédiger à leur intention un récit abondamment illustré de toutes les péripéties de sa vie aventureuse. « Mais vous ne le lirez qu’après ma mort, car je m’y mets à nu ! » les a-t-il prévenus.
Il a laissé une épitaphe pour eux et pour ses amis : « J’ai eu la chance d’avoir de formidables moments dans ma vie. Je remercie tous ceux qui m’ont accordé leur amitié et leur amour. » Rien que du positif. Une grande leçon de courage, non ?
Fernand aimait la vie, la nature, la bonne chère et le jazz de son époque. C’était un jouisseur au meilleur sens du terme. Avec lui, s’estompe le souvenir d’une phase de la vie de Freÿr que les jeunes générations auraient du mal à imaginer, car les temps ont changé. Mais celles-ci savourent encore, à leur manière, le plaisir immense de se retrouver dans cet univers exceptionnel qu’est Freÿr !

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