Championnat d'Europe à Innsbruck

Au milieu du mois de mai, la saison de compétition Internationale commençait à Innsbruck avec les Championnats d’Europe.

Je suis normalement plus adepte des compétitions de difficulté, même si le bloc m’a souri ces derniers temps avec le titre de Champion de Belgique. J’y avais participé dans le but de faire au moins, une fois dans ma vie, une compétition de bloc internationale, afin de comprendre et de connaître ce qui se passe lors de ce genre de compétition. On ne sait jamais, si l’envie me vient un jour d’accompagner et de transmettre mon expérience à de plus jeunes que moi, ce serait une bonne corde à mon arc.
Avec ce titre, j’avais la possibilité de participer au Championnat d’Europe à Innsbruck. L’endroit tombait parfaitement bien, vu qu’avec Alizée nous avions choisi d’y vivre durant plusieurs mois, afin de profiter de l’émulation et des bonnes infrastructures qu’on trouve ici. C’était donc « presque » une compétition à la maison. J’avais dix minutes à parcourir à pied entre l’appart et Marktplatz, là où tout allait se dérouler, en plein centre de la ville, où fleurissait des affiches et autres posters annonçant l’événement. L’escalade est ici un sport national, ça change !
Tous les jours, en nous rendant à la salle d’entraînement, nous passions devant la place. Et quand les travaux commencèrent, j’avoue que j’avais du mal à retenir mon excitation. Voir l’évolution du chantier, l’ampleur de l’événement, les murs et les tribunes se monter, tout se mettre en place, c’était enivrant.
Personnellement, depuis notre retour d’Espagne, je m’étais bien entraîné, je me savais en forme. Mais je n’avais aucune idée de ce que je valais par rapport à la concurrence à ce niveau. Je n’avais jamais fait de compétition internationale de bloc et il faut dire qu’à l’exercice, je ne me sentais pas hyper fort par rapport aux Autrichiens. Mais bon, j’essayais de positiver et de me concentrer sur mes entraînements et ma préparation.
Les qualifications eurent lieu le jeudi. En bloc, il y avait deux groupes distincts. Nous étions 86 participants ce qui faisait donc deux fois 43. Et pour se qualifier pour les demi-finales, il fallait être parmi les 10 premiers de son groupe. Il s’agissait vraiment de deux compétitions distinctes, avec cinq blocs par groupe. Nous, les belges, n’ayant pas de résultats antérieurs, nous passions à la fin. Cela m’arrangeait un peu, vu que je ne suis pas vraiment du matin ;-). Ces moments en salle d’isolement sont spéciaux. Il y règne une ambiance unique, difficile à décrire. J’avais du mal à trouver ma place parmi tous ces grimpeurs. Mais il fallait passer outre et se concentrer sur ce que je devais faire.
Lors des qualifications, j’ai donné tout ce que je pouvais. J’essayais de me concentrer uniquement sur l’escalade et sur ce que je devais faire pour réussir les blocs. Il faut oublier tout ce qui se passe autour. Ce n’est pas toujours évident. Le premier bloc se passa bien. Je le réussis “flash”, du premier coup. On a à chaque fois 5 minutes pour réussir le bloc, ensuite 5 minutes de repos. Le deuxième fut un peu plus compliqué. Je perdis un essai pour la zone puis je tombai deux fois avec le bac final en main. Il ne me restait plus beaucoup de temps, mais je refis un dernier essai. Et là, à la dernière seconde, je réussis le bloc. C’était tout juste, vraiment. Mais ça passait. Cela m’avait donné aussi une bonne motivation pour la suite, par contre j’étais fatigué. Les cinq minutes de repos m’ont parues vraiment courtes. J’étais encore un peu essoufflé quand je suis arrivé devant le troisième bloc. Je savais que c’était un bloc qui me convenait bien. Je perdis un bête essai suite à une zippette. Mais au deuxième, c’était chose faite. Le quatrième, lui, était vraiment dur. Je ne bougeai quasiment pas. Il me restait le cinquième et dernier bloc. Il s’agissait d’une dalle. Il allait falloir sortir ma technique. Je n’avais aucune idée du résultat, de ma place actuelle ou de quoi que ce soit. Je voulais juste me concentrer sur la grimpe. J’ai mis un peu de temps à trouver comment décoller. C’était un peu spécial, je ne voyais pas trop comment faire. J’essayais plusieurs méthodes, mais je ne trouvais pas. Puis tout à coup c’est passé, c’est ça les dalles. Je suis tombé, mais l’essai suivant fut le bon. Je topais mon quatrième bloc, content de mon travail.
Aucune idée du classement, on est à vue, et entre les blocs, on se retrouve chaque fois derrière le mur, on n’y voit rien. On entend, c’est tout. Mais quand je suis sorti, quelle ne fut pas ma surprise quand Alizée me dit que ça devrait passer, que j’allais me qualifier pour les demi-finales. Wouaaaaww. Je n’y aurais pas cru moi-même, même si j’espérais, comme toujours. J’ai finalement été qualifié.
Il fallait maintenant redescendre l’adrénaline, se reconcentrer, récupérer et se préparer pour le lendemain soir. Cela me laissait du temps, mais il fallait bien l’utiliser. Je me suis donc retrouvé le lendemain dans la même salle d’isolement que la vieille mais avec beaucoup moins de monde cette fois, et un statut différent, je le voyais bien. En escalade, on sait que tout est possible, et encore plus en bloc. Tous les grimpeurs le savent. J’avais du mal à trouver ma place au début, un peu comme en qualif. Je me disais que j’étais un voleur et que je n’avais rien à faire là. Puis au fil du temps, avec l’échauffement et le début des hostilités, je me suis senti de mieux en mieux parmi tout ce monde. J’avais parfaitement le droit d’être là, je n’avais pas usurpé ma place, j’étais déjà parmi les 20 premiers mais je voulais mieux. Secrètement, c’est clair, je visais les finales ; si ce n’est pas ton objectif quand tu es parvenu en demi-finale, ça n’a pas de sens de faire de la compétition. Il me fallait donc terminer dans les dix premiers. J’avais la chance de suivre Jan Hojer, le numéro 1 mondial que j’avais tout juste battu la vieille. J’allais donc avoir un repère par rapport aux blocs et ce qu’il fallait faire.
Vint mon tour et je me lançai à l’assaut du premier bloc. Les choses étaient différentes maintenant. La compétition avait pris de l’ampleur, les caméras étaient là, il y avait beaucoup plus de monde. On le sentait, ça devenait sérieux. Sans doute un peu pris par l’événement, je suis passé un peu à côté de mon premier bloc. C’était bien dur. Je fis la zone après six essais. Mais je voyais bien que personne avant moi n’avait fait le bloc. Les choses restaient donc ouvertes.
Le deuxième bloc était une dalle technique. Je me suis dit que c’était pour moi ce genre d’escalade. Mais j’ai mis trop de temps à trouver la méthode. Cinq minutes, ça va vraiment vite, ça ne laisse pas beaucoup de temps au travail, et je n’ai finalement pas réussi. Je savais que j’avais raté le coche. Comme après le premier, j’utilisais les cinq minutes de repos pour essayer de me reconcentrer, de me focaliser sur mon escalade, de rester moi-même et de faire les choses au mieux. On voyait bien que c’était un peu la même galère pour tout le monde.
Je me battis bien dans le 3ème, mais il était vraiment dur. Je n’étais pas si loin d’avoir la zone. Il s’avéra que personne ne le réussit. Comme quoi ça peut arriver. Je me retrouvais dès lors avant mon dernier bloc avec quasiment rien dans ma valise : une seule zone. Il n’y a que quatre blocs en demi-finale. J’essayais à chaque fois d’oublier ce qui s’était passé avant d’aborder le dernier bloc comme il le faut. J’entendis Jan le faire flash. Du coup, je savais que c’était possible. Il me fallut un peu plus d’essais que lui. Il s’agissait d’un double jeté, et après six essais, j’attrapais la prise de top à deux mains, après avoir perdu un bête essai juste avant.
Je suis sorti de la zone d’isolement assez déçu, frustré surtout. J’avais l’impression d’être passé à côté de ma demi-finale, d’avoir fait de la merde, de n’avoir pas grimpé à mon meilleur niveau. Puis, en regardant le tableau d’affichage, j’ai su que cela ne marchait pas si mal. Surtout lorsque j’ai pu voir après moi les autres grimpeurs, censés être plus forts, faire la même chose que moi ou presque. Je terminai finalement à une 13ème place. Mon meilleur résultat en Compétition Internationale Sénior. Le meilleur résultat en bloc pour un grimpeur belge. Ce n’est déjà pas si mal !
Avec ce résultat, une nouvelle barrière est tombée et je sais que je peux encore progresser. Je quitte même cette compétition avec une petite frustration de ne pas avoir fait mieux. Mais Il y a encore du travail. J’ai hâte maintenant de voir ce que ce niveau de force va donner dans les voies. Je repars là sur un cycle d’entraînement en résistance pour les compétitions de voies. Je n’ai sans doute jamais été aussi fort en bloc, mon point faible. Cela devrait faire remonter mon niveau global pour la suite. J’ai vraiment hâte. Les gros objectifs vont commencer avec la Coupe du Monde de Chamonix en mi-juillet. On verra ce que ça va donner. Ce qui est sûr, c’est que je ne regrette pas d’avoir choisi de me consacrer à la compétition depuis plus d’un an. Les résultats arrivent.
J’en profite également pour remercier l’ensemble des sponsors qui me soutiennent depuis longtemps maintenant, mes coachs qui croient en moi (Didier Mottart et Olivier Rouquette) ainsi que ma famille, mes amis et le CAB-Brabant ; de loin, le club le plus dynamique et ouvert de cette fédération.