Piton de la Fournaise

Il est 17 h et les webcams indiquent une bonne visibilité en altitude. Ce matin, nous étions montés à Bourg Murat...

... dans l’espoir de rejoindre le volcan et d’apercevoir l’éruption qui s’est déclenchée deux jours avant mais les nuages puis la pluie continue nous en ont dissuadés. A présent, une nouvelle chance s’offre à nous et nous ne mettons pas longtemps à nous décider. Remonter à Bourg Murat prend une heure ; de là, la route du volcan, très tournicotante, nous impose encore une heure avant de rejoindre la piste sur la plaine des Sables. Nous avions craint la forte affluence et les embouteillages qui s’étaient produits lors de l’annonce de l’irruption mais, à présent, tout est relativement calme et nous suivons patiemment quelques autres voitures qui lambinent sur la tôle ondulée de la piste. Arrivés au premier parking (Foc Foc) près du lieu dit « les Gendarmes », de vrais gendarmes nous aident à nous frayer un passage et à nous stationner parmi les quelque 300 voitures déjà présentes. Il est passé 19 h, la nuit est tombée depuis ½ heure et il fait un froid de canard (6° à l’arrivée, 3° à notre retour). Le temps d’avaler un bout de pain, de nous couvrir convenablement et nous voilà parti d’un bon pas le long du GR2 (sentier du Tremblet) qui longe l’enclot Fouqué ; c’est un vaste cirque, profond d’environ 200 m, crée lors d’une irruption très ancienne, qui barre l’accès au cratère principal, le Dolomieux, et au point culminant (2632 m) situé tout près. Nous y étions descendus il y a 7 ans mais l’accès y est à présent interdit car l’approche des coulées a causé la mort d’un jeune homme il y a quelques années. La faille actuelle est plus au sud, sur le flanc du volcan près du cratère Rivals ; l’irruption a commencé le 24 août (lors de notre départ de Bruxelles !) et, après une légère décroissance survenue dans les heures qui ont suivi, se poursuit sans discontinuer (au moins jusqu’au 13 septembre date à laquelle j’écris ces lignes)avec des hauts et des bas ; elle n’est pas d’une grande importance, du moins en comparaison avec l’irruption de 2007 mais produit tout de même un flux de lave permanent de 5 m3/s à 1200°C. Nous marchons d’un bon pas, Antoine, Grégoire et moi, frontale allumée malgré la pleine lune car le sentier, du moins au début, est assez chaotique. Il y a beaucoup de monde et l’ambiance est bon enfant. A l’horizon, le ciel est rougeoyant - ouf me dis-je, il crache toujours ! - Après une heure de marche bien réchauffante, au détour d’une colline, on tombe en arrêt. La « fontaine » jaillit de tous ses feux sur le pan de la montagne ; elle a beau être à plus de 2 km de distance, elle n’en reste pas moins fascinante d’autant qu’on perçoit parfaitement son souffle. A sa droite se détache un cordon de lave rougeâtre partiellement caché par les ressauts rocheux. En poursuivant notre route vers le Piton de Bois Vert, on distingue de mieux en mieux cette coulée ardente qui dépasse les 2 km en longueur. Nous décidons de nous arrêter là au bord de la falaise car le sentier qui borde le Rempart de Bellecombe commence à s’écarter. L’endroit est idéal pour planter un trépied et sortir le matériel photographique. Nous restons près d’une heure à greloter sur place attendant à tour de rôle le moment propice pour capter l’instantané d’une belle gerbe ou enregistrer une séquence vidéo. A notre retour au bord de la mer, nous sommes exténués mais heureux : il est 2 h du matin. Quelques jours plus tard, c’est du sommet du Piton des Neiges (3070 m) situé à 28 km de distance que nous aurons le plaisir de voir dans le lointain le petit frère cracher ses flammes.
Jean-Michel Hoeffelman
Info : Le volcan de la Fournaise, situé sur l’île de la Réunion, est un des volcans les plus actifs de la planète. On compte en moyenne une irruption tous les 9 mois. Très surveillé, ce volcan de seulement 4700 ans n’est cependant pas très dangereux car il fait partie de la catégorie des volcans effusifs (ou hawaïen), comme le Stromboli ou l’Etna par opposition aux volcans explosifs (Vésuve, Mont Sainte Hélène) aux éruptions beaucoup plus destructives.