Cascades à l'italienne

Voici le récit de onze personnes, ne se connaissant ni d’Eve ni d’Adam, parties de Belgique jusque dans le Piémont en Italie

pour explorer un sport encore inconnu de tous (ou presque) qui est l’escalade en cascade de glace.Voici le récit de onze personnes, ne se connaissant ni d’Eve ni d’Adam, parties de Belgique jusque dans le Piémont en Italie pour explorer un sport encore inconnu de tous (ou presque) qui est l’escalade en cascade de glace.
Les magnifiques paysages qu’offre le Val Pellice se méritent, et après 12 heures de route nous nous retrouvons tous à la nuit tombante sur un parking enneigé, attendant nos guides pour nous conduire au refuge Willy Jervis. Nous chaussons les raquettes à neige et, après nous être délestés de nos sacs à dos sur les motos neige, nous commençons l’ascension par une superbe nuit de pleine lune ; celle-ci se reflétant sur le manteau neigeux blanc, nul besoin de lampes frontales, nous évoluons dans le silence, avec les étoiles pour seule compagnie. Arrivés au refuge, 1h30 plus tard, nous nous jetons sur le repas préparé par Annalisa (et le tout jeune mais talentueux nouveau cuisinier), sans nous douter des quantités d’un repas à l’italienne (entrée charcuterie/fromage/macédoine de légumes, pâtes, soupe, purée/rôti, dessert). Bref, je crois pouvoir dire au nom de tous que nous nous sommes couchés le ventre bien rempli, en nous demandant comment nous allions pouvoir monter sur les cascades de glace le lendemain !!
Mais nous sommes tous bien arrivés au pied de notre première cascade le dimanche matin pour une initiation au planté de piolets et crampons. Pas de marche d’approche, la « cascade école » créée spécialement pour l’occasion par Robi est située à 100m du refuge. Nous ne sommes pas très habiles (sauf Robin et Marc qui sont déjà « experts » en la matière), nous essayons de planter le piolet à un emplacement précis, mais il atterri toujours 40cm à côté, il y a encore du travail. Mais nous nous débrouillons tout de même assez bien pour atteindre le sommet de ces cascades de glace sans trop de dégâts (Yann reçoit un bloc de glace sur le nez, pas de conséquences ni de séquelles bien sûr, quoique…, ça commence bien !). De retour au refuge (16h30), un premier repas nous attend. Forts de l’expérience de la veille, nous essayons tous de ne pas trop manger, sachant qu’un deuxième repas nous sera servi 3 heures plus tard… Mais en vain, après une journée d’efforts dans le froid, un bon repas est idéal.
Eh oui, nous prenons donc un rythme bien spécial pour cette semaine de stage : petit déjeuner à 8h00, préparation de la journée (habillage, arnachage, thé dans les thermos, petits encas de barres de chocolatées), journée en cascade de glace, retour au refuge vers 16h30, passage à la salle de douche, premier repas (17h30), petit debrief de la journée et apprentissage des bases d’escalade (comment faire un relais, mouflage, etc…) par notre guide Jean, et enfin le second repas (20h30). Ce sont des journées bien remplies, où l’ennui n’a pas sa place. L’ambiance est toujours très chaleureuse, et les blagues de chacun contribuent à la bonne humeur de tout le monde.
Dès la seconde journée, nous formons 3 groupes chacun emmené par un guide (Jean, Robi et Cesare) dans des directions différentes afin de pouvoir tous profiter au mieux des diverses cascades de glace environnantes (Cascata del Pis, Mirabuc, Pian Dei Morti, Partia d’Amunt, Colle della croce, Delirium Verticale, …). Les marches d’approche au milieu de la vallée sont magnifiques, et même quelque fois très difficile, je pense ici au couloir de neige pour accéder à la cascade du Colle della Croce ou encore la montée vers la cascade Delirium. Le soleil est au rendez-vous chaque jour, et les cascades sont toutes plus belles les unes que les autres (certaines sont même mythiques : avec une chandelle très verticale et un mur impressionnant la cascade Partia d’Amunt est un must à ne pas rater). Nous nous enfonçons donc chaque jour dans tous les recoins de la vallée vers de nouvelles aventures, avec une soif grandissante de retrouver la glace sous nos crampons et piolets (« s’enfoncer » est bien le mot qui convient puisqu’avec le petit mètre de neige qui était tombé là-haut, l’arrivée au pied des cascades se fait avec un peu de peine, mais toujours dans la joie et la bonne humeur). Nous prenons tous de l’assurance (certains plus vite que d’autres), et nous devenons chaque jour de plus en plus adeptes de cette activité. Nous faisons même une journée tous ensemble à la cascade nommée « Delirium Verticale » où les guides nous avaient concocté quelques défis : trois exercices distribués sur toute la largeur de la cascade (une longueur à faire le plus rapidement possible, une longueur à faire en plantant le moins de piolets possible, et une longueur où nous devions planter les piolets uniquement aux endroits indiqués). Ces exercices nous ont permis d’apprendre des méthodes différentes pour grimper, et à garder notre sang-froid. Le vainqueur de la vitesse fût Robin, et Jérôme fût le vainqueur des deux autres épreuves avec un départ surprenant et particulier : il est parti avec un seul piolet (un au lieu de deux, donc moins de coups de piolets !!!) et à la grande surprise de tous, il est arrivé au sommet de la cascade (60m de haut) en ne plantant que 13 fois le piolet… Il avait donc raison !
Au beau milieu de la semaine, Jean propose une pause, les cascades de glace prenant beaucoup d’énergie, nous partons faire une randonnée en raquettes et ski de randonnée. Pendant que quelques irréductibles (Marie, Godefroy et Robin) continuent la cascade de glace, nous nous dirigeons plein Est vers le col Barant à une altitude de 2373m d’où nous avons une vue sublime sur le Mont Viso et la plaine du Pô. Tandis que la montée s’est faite tranquillement et accompagnée de la douce voix de Jean (pas besoin de radio/MP3, Jean est là pour nous divertir avec toutes ces anecdotes/blagues), la descente pour les skieurs comme pour les raquetteurs fût agrémentée de quelques chutes (sans blessure fatale bien entendu…) et de beaucoup de rigolade.
A la fin de cette semaine épique, nous sommes tous revenus sains et saufs, avec nos deux bras et nos deux jambes (en état de fonctionnement), mais surtout avec des rêves plein la tête, et l’envie d’y retourner l’année prochaine (pour les repas bien sûr, mais également pour l’ambiance et les guides qui nous ont accompagnés durant ce séjour). Impossible d’oublier cette semaine qui restera gravée dans nos mémoires avec quelques épisodes indescriptibles (Jean nous faisant une démonstration de dry tooling indoor avec en prime un nœud de cabestan réalisé uniquement avec le pied, une certaine personne dont je ne citerai pas le nom grimpant de manière plutôt dénudée, et la confection d’un « igloo », ou plutôt ce qui s’est avéré être un trou de 4m, afin de se réchauffer en attendant au pied des cascades…). Ce fût donc une très belle expérience humaine durant laquelle nous avons créé des liens d’amitié. Et je voudrais terminer ce récit par une dédicace spéciale pour notre ami anglais : « je voudwais dire meurci à toute la monde pour cette stage. J’ai appwécié votwe compagnie, et le tarte aux meurtilles ». Et désolée Jorge si je n’ai jamais su prononcer ton prénom correctement !!
Nous avons oublié de remercier « quelqu’un », le chien du refuge !! Donc un grand merci à Pastis pour sa bonne odeur quotidienne et ses immenses qualités de chien de garde (tout ça est ironique bien entendu !!).
Coralie Vallet
Et ces comparses : Marie Verkaeren, Géraldine Delavignette, Yann Lafrançois, Julien Carlier, Godefroy Camauer, Marc Van Bever, Frédéric Fleck, Jérôme Rouillard, Robin Hogger, Jorge Campos Vallejo

Situation géographique

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