Tentative au Mont Blanc par les Aiguilles Grises

Séjournant comme tous les ans au milieu des champs de Taconnaz ce mois de juillet (oui ,..il y a encore des champs dans la vallée de Chamonix), un rêve récent a refait surface:

Séjournant comme tous les ans au milieu des champs de Taconnaz ce mois de juillet (oui ,..il y a encore des champs dans la vallée de Chamonix), un rêve récent a refait surface:
à 62 ans retourner une dernière(?) fois au Mont Blanc, oui, mais par où ... en plein mois de juillet ?
Après une superbe rando qui constitue une étape du tour du Mont Ruan (une seule personne rencontrée au cours de la journée et un vieux bouquetin solitaire) partant du lac de Vieil Emosson vers le refuge du Grenairon en passant par le sommet du Cheval Blanc (2800m), je me sens en forme ainsi que ma nièce Elise (22 ans) qui rêve depuis un moment de faire le Mont Blanc avec son tonton sinon personne.

Nous sommes le samedi 20 juillet et la météo prévoit du beau temps jusqu'au mercredi 24 après -midi. L'isotherme est trop haut à mon goût (4000-4500), mais si j'attends les conditions idéales je n'irai plus. Par contre, nous manquons d'acclimatation. Je réserverai donc 2 nuits à 3000m.
En tout cas je ne choisirai pas l'itinéraire par le Goûter (90 € la demi-pension, réservation exclusivement par internet et 60€ d'acompte bloqué sur la Visa). Je n'essaie même pas, même si pour le retour c'est tentant...
C'est donc par les Aiguilles Grises et le tout nouveau refuge GONELLA (2011- 50 places) à 3071m que nous décidons d'y aller. J'envisage également le retour par le même refuge. Par téléphone, le gardien Stefano me déconseille vivement la troisième nuit pour le retour: "Very dangerous to come-back the same way in the afternoon" me fait-il comprendre après une explication en pur italien trop rapide pour moi. "You have to go down the french side". Après le récit de deux flamands rencontrés au refuge qui avaient fait le come-back the same way, j'ai tout de suite compris! Voilà un bon point pour Stefano. OK donc pour une journée d'acclim à Gonella. Je réserve par téléphone à la fois à Tête Rousse et aux Grands Mulets, pour mercredi soir. Nous déciderons à la descente du Mont Blanc.

Nous voilà partis le lundi matin à 6 h pour le val Veni par le tunnel jusqu'à la cantine de Visaille (1659m). Départ à la barrière fermant la route vers le lac Combal. Pas moyen de baratiner le cantonnier qui la ferme devant moi. Seuls les guides ont la clef et peuvent se garer au lac. Ce sera donc 1400m de montée vers le refuge. Malgré la route asphaltée ce chemin d'accès au glacier du Miage en rive droite est préférable à celui en rive gauche car en cette saison ce premier permet de progresser presque entièrement par des névés contrairement au chemin d'en face qui oblige à traverser le glacier à travers de grosses pierrailles. Au bout de 5 à 6 km, on accède au premier contrefort de l'arrête des Aiguilles Grises, après avoir dépassé les embranchements sur la droite des glaciers du Mont Blanc et du Dôme. Trouver ce départ (2600m) sur le rocher ne doit pas être évident par brouillard et manque de trace. Le chemin marqué de gros points jaunes est entrecoupé par des névés parfois dangereux, plongeants vers le glacier du Dôme au-dessus duquel nous nous élevons progressivement. La dernière heure de marche se transforme en escalade sur des équipements vétustes parmi des chaines et échelles qui datent de plusieurs décennies, puis avec quelques longueurs équipées de grosses cordes heureusement plus récentes et enfin, sous le refuge, c'est carrément des passages en 4+....

En prenant des renseignements à l'office de Haute Montagne à Cham avant notre montée on m’avait annoncé: "vous n'aurez pas trop de monde vu la marche d'approche!"
En effet : 10 personnes au refuge le soir : quel bonheur, en plein juillet mais en semaine bien sûr.
Quelques 7 heures de marche quand même depuis le val Veni et une heure de fine pluie en cadeau pour finir. Pas trop chaud malgré les 25° annoncés à 2500m !
Mardi 23 juillet : grasse mat au refuge tout moderne, très bien conçu, pas de dortoirs fermés l'après-midi. Accueil chaleureux par Stefano et sa compagne.
Petit déjeuner à quatre. Le rêve. Toujours grand beau. Nous profitons de cette journée d'acclimatation pour faire une reconnaissance jusqu'au milieu du glacier du Dôme. La trace est excellente et bien visible jusqu'au tournant vers la gauche derrière la Tour des Aiguilles Grises (3800m). Elle mène au col des Aiguilles Grises et rejoint une arrête neigeuse qui aboutit au Piton des Italiens (4002m). Ce sera pour demain. Mais il fait toujours trop chaud. Retour à midi au refuge. Le réveil est annoncé à minuit ! Heureusement Elise était au courant depuis la veille.
Cette fois nous sommes une vingtaine au souper, mais seules trois cordées partent au Mont Blanc. Les autres feront de l'acclimatation.
Mercredi 24juillet : l'orage a grondé au lointain dans la soirée. Au départ à 1h, le ciel n'est cependant pas dégagé comme la météo l'avait annoncé. Il y a des éclairs de chaleur. La neige a la consistance du blanc d'œuf battu. Ce n'est pas bon. Nous partons quand même. C'est la queue de l'orage de la veille, cela va se dissiper, à 4000m la neige sera plus dure. Le guide part également avec ses deux clients. La première cordée est déjà loin. Après une heure de progression, nous voyons le guide faire demi-tour. Le ciel s'est fortement assombri. Nous continuons toujours. Tout à coup, un éclair suivi d'un grondement plus proche. Là, c'est le retour immédiat. Nous sommes à 3400m. La cordée partie devant nous fait du sur place et finit aussi par renoncer. La neige fondante puis la pluie nous accompagnent jusqu'au refuge. Quatre heures après, c'est la descente vers le val Veni. Au moins il ne faudra pas faire du stop pour aller rechercher la voiture par le tunnel....
Dommage, la forme y était....Pour des raisons familiales, je ne peux me permettre une ou deux nuits supplémentaires au refuge. Elise n'y tient pas non plus. De plus je perds ma réservation de retour qui m'est aussi nécessaire que celle de la montée. Depuis Taconnaz, Thérèse, mon épouse, nous avait miraculeusement obtenus une nuit au Goûter mercredi soir pour notre retour du Mont Blanc. Réservation que, étonnamment, j'ai pu annuler par téléphone quelques heures avant le soir sans devoir payer les 120€ d'acompte bloqués sur Visa. Merci pour la compassion envers des alpinistes en détresse de météo.

Conclusion : un itinéraire qui vaut plus que jamais la peine, même pour la traversée du massif par Vallot sans nécessairement monter jusqu'au Mont Blanc. Il y a trois possibilités de descente dont le Goûter est la plus rapide et donc la plus sûre.

Merci à toi, Elise, pour ton agréable compagnie, ta patience et ta compréhension au demi-tour. Le rêve fut en grande partie le compagnon de cette aventure mais c'est bien ainsi. J'ai déjà envie de repartir. Merci à Thérèse pour la logistique du camp de base de Taconnaz et l'accompagnement moral. Merci aussi à Michel qui n'était pas loin dans le val Veni et nous soutenait par SMS.
Ah, ces GSM...
La suite en juillet 2014...si le Mont Blanc le voudra...

Christian SONCK Laeken

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