Le VRAI sommet

Ecrire un article est une chose, mais avoir des choses intéressantes à dire en est une autre...

Fortement sollicité par le CAB-Brabant (je ne citerai pas de noms), me voilà penché sur mon clavier, pensant à tous ceux qui boiront mon texte dans ce petit recueil alpin. Depuis mon van, j'écoute les oiseaux, les grondements du torrent, et je médite sur les montagnes qui me font face. Le soleil de 10h commence à chauffer et m'invite à réfléchir à une éventuelle trempette, partagé entre le plaisir de la baignade et la crainte du plongeon : la rivière sort du glacier quelques kilomètres en amont garantissant une fraîcheur tonifiante. Vous avez bien compris qu'en ce moment précis je n'ai rien de particulier à raconter. Je mise donc sur un rafraîchissement cérébral pour affiner mon inspiration...

Dans les dernières longueurs du Kyzyl Asker, à presque 6000m d'altitude dans le fin fond de la Chine, lorsque Sean parlait du sommet de ses rêves... Qui ne lui aurait pas dit « TA GUEULE » ? Excusez mon franc-parler, je ne l'écoutais pas. J'étais vidé par l'altitude et le froid et me concentrais pour rester efficace. Il faut comprendre que la communication en paroi dans ces conditions a plutôt tendance à aller vers la simplification du langage.
C'est seulement beaucoup plus tard, lors du montage de la bande d'annonce de « China jam » que j’ai enfin compris la profondeur de son message. Le fait de partir au bout du monde pour conquérir le sommet de nos rêves alors qu'il est aussi possible de le vaincre chez soi, dans son fauteuil.

L’escalade et la musique sont pour moi certainement les moyens les plus adéquats pour parvenir à ce sommet. C'est pour cela que ma vie s'est construite autour de ces activités. Je cherche aussi à le conquérir seul dans un fauteuil mais là, je n'ai pas encore réussi. J'y travaille ! Ce qui me permet de le gagner en grimpe et en musique, c'est cette sensation d'une confiance totale tout en s'engageant pleinement dans l'inconnu. J'ai dû évoluer constamment, car le sommet n'est jamais deux fois le même et à chaque fois, demande une approche unique pour pouvoir l'atteindre.
Un cheminement à la recherche d'une certaine adéquation avec mon expérience, mes sensations et mon instinct. Un peu comme un état d'harmonie parfait avec le moment présent. Pour moi, c'est ça la vie, je crois. L'idéal évidemment, c’est d'être capable de l'atteindre le plus souvent possible et dans le maximum de circonstances. Mais ce n'est pas quelque chose qu'on peut facilement programmer. Ça vient quand ça vient et parfois on se surprend de l'atteindre alors qu'il paraissait si loin. Souvent ce sommet se trouve dans les endroits les plus improbables. Dans nos expéditions par exemple, c’est parfois par un retour instinctif à l'état animal que j’y accède. Vous voyez ce que je veux dire? Cette stimulation nerveuse déclenchée par une situation au-delà de votre maîtrise qui vous donne des pouvoirs physiques et psychiques surhumains. C'est un peu ça qu'on va chercher lorsque nous partons...

Mais je me demande pourquoi certaines personnes, et j’en fais partie, doivent chercher tellement plus loin que d'autres pour atteindre ce même sommet ? Est-ce vraiment une question de facilité ? Ou bien suis-je blasé par les cimes plus accessibles ? J'ai des difficultés à comprendre cela. Mais en tous les cas, je sais que c’est tout en haut que se révélera finalement la réponse.

Je vous parle de sommet et d'expédition, il est peut-être temps de vous annoncer (pour ceux qui ne le savent pas encore) notre départ imminent pour la Terre de Baffin. Je compte bien tenter d'atteindre quelques sommets là-bas, que ce soit de rêve ou de vraies parois.
Encore une fois c'est notre messager de Dieu, le Capitaine Révérend Bob Shepton qui nous invite (Sean, Olive, Ben Ditto et moi) à bord de « Dodo's Delight » pour explorer des big walls promis par Dieu. D'après le message que Bob a reçu de Dieu, c’est sur la côte Est de la terre de Baffin que nous devrions mettre le cap. Début Juillet, nous monterons à bord de son bateau à Aasiat au Groenland et théoriquement, 5 jours de traversée au travers de la Baffin Bay nous permettront de rejoindre la Terre Promise. Pour survivre là-bas, nous comptons sur la pêche et sur le fait qu'il y a peu de risques qu'on rencontre l'animal de plus dangereux au monde : Miss Venezuela ! Quelques ours polaires sans doute, mais ça on connait déjà. Le retour en Belgique n'est pas encore défini... On attend de voir ce que Dieu nous dira, Inch Allah !

dd