Nun 2013 La fin d'un rêve

Nous n’étions plus que huit au décollage, huit à participer à ce magnifique challenge, mon ami Guy ayant chopé une pneumonie dans la dernière ligne droite avant le départ.

Une catastrophe pour lui comme pour moi : il avait été un des principaux artisans dans la préparation de l’expé, et ce coup du sort me paraissait particulièrement injuste. Heureusement, son fils Colin a vaillamment réparé l’injure du destin par une brillante victoire : il était le plus jeune de l’équipe (27 ans).
La fin d’un beau rêve ou rien ne sera plus comme avant
Nous serons six finalement à gravir les pentes le 11 septembre pour l’assaut final victorieux, mais avec des fortunes diverses. Mamadou eut les orteils du pied droit gelés, ainsi que quatre doigts de la main gauche. On n’insistera jamais assez sur le caractère insidieux des gelures et qu’il me pardonne pour cela : ma première expérience de gelure grave, je l’aurai connue lors de cette fabuleuse victoire.
Sa main fût traitée assez rapidement, le soir de la descente au camp de base, ce qui a pu limiter au final les dégâts. Mais ce n’est que le lendemain soir de son départ avec l’officier de liaison qu’on s’est rendu compte à l’hôpital de Kargil de ses gelures au pied, quand Sonam les rejoignit pour l’y accompagner. Et malgré une rentrée relativement rapide en Belgique, 6 jours s’étaient déjà écoulés depuis le sommet. Marianne, sa compagne, l’attendait à l’aéroport avec Edouard, pour le conduire directement à l’hôpital militaire de Neder-Over-Hembeek, spécialisé dans les brûlures et les gelures. Malgré des séjours fréquents en caisson hyperbare, force fut de constater qu’il fallait amputer les phalanges du pied droit ainsi que deux phalanges de la main gauche. Ce fut une épreuve pénible pour Marianne, bien sûr, mais surtout pour Jean-Luc. Il est passé en quelques semaines de l’optimisme sans faille au découragement le plus noir. Deux mois se sont écoulés depuis, et j’ose penser aujourd’hui que sa nature résolument optimiste lui a permis de surmonter ces pénibles opérations pour se reconstruire avec l’envie furieuse d’avancer et de continuer à croquer la vie à belles dents. Nous étions une équipe soudée, nous l’accompagnerons dans ses problèmes.
Christiane s’est gelé le pouce. Ce fut douloureux mais cette épreuve est aujourd’hui derrière elle.
Benoît, notre médecin, doit avoir, à l’heure actuelle, plus ou moins récupéré des ses gelures à deux doigts de la main droite.
Colin s’est gelé les orteils des deux pieds. Gelures au premier degré, très douloureuses, mais après quelques semaines d’inconfort, il a totalement récupéré. Il gardera, comme les autres une sensibilité plus grande au froid, le temps de se reconstituer les terminaisons nerveuses.
Lambert avait contracté une toux tenace depuis plusieurs semaines déjà, et a dû se contenter de franchir le cap du camp 1. Il voulait absolument voir son sommet et le filmer. Il y est parvenu avant de sagement décider de ne pas continuer l’aventure.
François, sans doute plus prudent que les six autres, a estimé, avec raison sans doute, vu la suite des événements, qu’il n’était pas prudent pour lui de continuer, considérant que son acclimatation n’était pas encore suffisante. Le malheur pour lui a été qu’après le succès des 6, les circonstances climatiques ne lui laissaient plus la possibilité d’une tentative. Et sans doute les problèmes de Mamadou ont fini par occulter son désir de partir tenter un beau sommet secondaire. Les sherpas ont d’ailleurs définitivement démonté le camp 1 le lendemain de notre arrivée au camp de base, en même temps que l’arrivée du mauvais temps. François a quand même pu profiter des jours passés au camp de base à nous attendre, pour explorer le glacier qui le bordait. Avec Lambert et Borang, l’officier de liaison, ils sont partis à la recherche d’un point de vue sur le Nun et le Kun et en ont rapporté de superbes images vidéo et de magnifiques photos.
Il est évident qu’on ne sort pas indemne d’une aventure pareille. Physiquement, Jean-Luc Fohal et moi-même avons été les seuls à ne pas souffrir de gelure. Mais au cours de la montée finale, j’ai subi un gros coup de pompe, environ deux heures avant le sommet, et je peux affirmer que c’est grâce à Nima et Ang Kami, les 2 sherpas qui m’ont immédiatement entouré et aidé à surmonter cette sérieuse baisse de régime, que j’ai pu finalement gagner le sommet, plus ou moins ¾ d’heure après les 5 premiers vainqueurs, arrivés vers 7h sur la crête.
Epreuve intense et finalement assez courte, aventure humaine dense et forte, je dédie cette victoire à Mamadou, artisan injustement frappé de cette expédition. Je la dédie aussi à mon ami Guy, accablé par un coup du sort, avec qui peu de temps à peine avant sa pénible décision je nourrissais encore mais en vain, les espoirs les plus fous.
Elle fut sans doute à deux vitesses : Jean-Luc, Colin et Christiane étaient physiquement selon moi, un cran au-dessus des autres. Cela n’ôte rien cependant au mérite des autres lauréats, et la cohésion du groupe est restée sans faille tout au long de l’expédition. Si j’écris les mots « mille bornes », ou « c’était mieux avant », le reste du groupe aura à coup sûr, le sourire aux lèvres à leur lecture.
Nous avons aussi tous, sans exception, été éberlués de voir le dynamisme, la force morale et physique, le dévouement de nos sherpas népalais dans cette aventure. Et personnellement, j’étais déjà habitué à la jovialité des « kitchens boys » ladakhis, accoutumés à accomplir des miracles culinaires avec des moyens très sommaires et dans une bonne humeur constante. Merci à Tsering, Ringchen et Topchen. Merci à Sonam pour sa souplesse et son sens de l’organisation, merci aussi pour sa compréhension et son humanité. Et n’oublions pas Wim De Troyer, notre routeur météo, qui nous a permis de prendre rapidement la décision finale.
Yves Raymaekers, un chef d’expé fier de ses troupes

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