Let's the passion be your source

Inutile de vous situer la Patagonie ou de vous la décrire, d’autres l’ont déjà fait. Juste une petite précision niveau paysage,

la Patagonie: c’est plat! Pas de là à la comparer aux Pays Bas mais on peut assez bien imaginer une Belgique étirée, des collines rouges à perte de vue mais sans frites ou Freyr à l’horizon, seulement une chaîne de montagne sortie de nulle part à l’ouest. Je vous laisse le soin de deviner où nous sommes allés.
Il y a maintenant 6 ans qu’Olivier et moi avions fait notre premier trip grimpe à deux, aux Aiguilles Rouges de Chamonix. Le soir, nous y rêvions de l’Envers des Aiguilles, de l’autre côté de la vallée. Un an après, à l’Envers nous rêvions d’El Cap et d’Half Dome. Plus tard, de retour au « Camp Four » après avoir grimpé ces 2 parois mythiques, nous rêvions de la Patagonie.
C’est entre 2 rêveries au Camp 4 que nous rencontrons un certain Logan. Ce type au look de hippie habite à mi-chemin entre le Yosemite et Indian Creek, est bien motivé et a l’air très sympa… tiens tiens : mais c’est toujours intéressant ça non?
« Let’s the passion be your source » comme disait l’autre… nous prenons donc un billet, Oli, Logan (qui vient des US) et moi pour El Chalten début décembre. Nous prévoyons plusieurs mois de voyage. Une première pour tous les 3, une expérience donc!
Un an et demi après n’avoir bu qu’une bière avec Logan, nous le retrouvons à Chalten. Pas trop le temps de discuter et de se poser, il y a un créneau météo. Pas question de le rater, ceux-ci sont tellement rares! De plus, la « foule » de Chalten ne nous enchante guère! On ne discute même pas, l’objectif est le Fitz Roy. La première grimpe en Pata, la première grimpe avec Logan serait cette montagne qui nous fait rêver depuis si longtemps? Allez, pourquoi pas, nous sommes motivés, en forme et réflexion faite ça peut le faire: GO pour la Supercanaleta de cette mythique montagne!
Nous choisissons de faire l’approche en 2 jours, histoire d’arriver frais au pied de la face. Le premier soir, nous sommes un peu hésitants pour 2 raisons: nous croisons 2 cordées qui viennent de descendre du Fitz Roy par notre voie et qui nous la décrivent en mauvaise condition… Deuxièmement, nous avons compté beaucoup trop juste pour la nourriture, environ un quart de ce qu’il faudrait normalement… Nous continuons quand même ; au pire, on fera demi-tour mais en ayant déjà repéré un peu le massif. Le second soir, veille du jour J, il fait chaud, pas de quoi bronzer comme à la plage mais pas non plus de quoi avoir une bonne neige bien dure pour les 1000m de couloir (première partie de la voie) qui nous attendent… On verra après le regel nocturne… Après une « nuit » plutôt venteuse (on parle plutôt de tempête, mais bon), la neige n’a pas du tout regelé… tant pis, nous essayons quand même. Heureusement que nous étions partis de Chalten bien motivés!! Ca brasse pour la rimaye, mais au fur et à mesure de l’ascension dans le couloir, la neige durcit. Aucun de nous 3 n’était très optimiste au départ. Les choses changent lorsque, quelques heures plus tard, nous arrivons à la deuxième partie de la voie, la sortie du couloir suivie d’une arête, pour finalement atteindre le sommet. Peu avant cette traversée, nous vivons tous les 3 une expérience nouvelle: passer à côté d’un cadavre. Mieux vaut sur le moment le voir comme un tas de cellules mortes plutôt que comme un être humain mort, mais une fois l’ascension finie, la pression évacuée… ça fait bien réfléchir!
Finalement, 20h après avoir quitté la tente, nous voilà au sommet. Pour ma part, pas vraiment d’émotion vive sur le moment, trop occupé à penser aux 1600m de rappels qui nous attendent avec tous les risques que cela comprend. Juste le sentiment d’avoir fait un truc pas comme tous les jours.
Peu avant le coucher du soleil, nous entamons les rappels. Nous les finirons de jour 10h plus tard (10h de rappels oui oui…) et filons directement dans la tente, dormons 2h et rentrons au plus vite (7h de marche tout de même) à Chalten… nous n’avions déjà presque plus rien à manger avant le début de la voie…
De retour à la « civilisation », nous contactons évidement nos proches pour leurs faire part de notre réalisation mais aussi de nos sentiments par rapport aux risques encourus, au cadavre dans la voie. Une fois la pression évacuée, le sentiment de joie mais aussi de fierté est bel et bien là! Wouaw, ce rêve… on l’a réalisé!
2 semaines plus tard et toujours pas de bon créneau météo ; il est temps d’aller voir ailleurs. Nous avions entendu parler de Cochamo, un endroit au nom qui sonne bien et qu’on nous présente comme le Yosémite d’Amérique du Sud… vamos.
Quelques jours de grandes voies rocheuses à Frey (non, pas Freyr, Frey) près de Bariloche avec notre ami John nous renouent avec la verticale. Du plaisir!
L’approche pour Cochamo annonce déjà la couleur: des chemins incroyablement boueux et une forêt presque tropicale… ce n’est pas vraiment notre élément ça. A l’arrivée près du refuge de La Junta, entre 2 pluies, les parois sont pourtant bien là. Daniel, le très sympathique patron du refuge, nous conseille une voie qu’il a ouverte et nous indique une variante de sortie à ouvrir. 3 jours plus tard, après avoir grimpé « la manos del dias », nous ouvrons « desparate mentality », une fissure en toit qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la fameuse « Separate reality » au Yosémite. Parce que oui, si nous sommes venus à Cochamo, c’est aussi parce que nous avions entendu que le potentiel d’ouverture est encore bien présent. A nous maintenant de tracer notre voie. Une semaine après et deux jours d’ouverture plus tard, nous arrivons au sommet de Cerro Laguna, après avoir ouvert une voie de 400m: Surfing on the bamboo chair. Une ligne rectiligne, bien raide, du bon rocher, pas d’équipement en place et surtout perdue dans les montagnes, coupée de tout bruit, civilisation et autres… quel rêve! Le nom vient d’une chaise d’assurage en bambou, fabriquée par nos propres soins, que nous avons lancée du sommet et que nous avons vu planer jusqu’au sol. On grimpe une dernière voie dans la vallée et on retourne à Chalten. Daniel nous le confirme par son enthousiasme et sa générosité à notre égard: nous avons vraiment eu un beau séjour, bien rempli dans ce magnifique et paisible endroit!
De retour à Chalten, bien bronzés de Cochamo, on se rend compte que le temps n’a pas vraiment changé, la foule non plus d’ailleurs. Quand un créneau météo d’une seule journée se profile, c’est l’extase. Ce sera donc la surexcitation de monter sous la neige au pied de l’Abuja Guillaumet, subir la tempête de neige qui trempe toutes nos affaires, sacs de couchage compris et de vider nos chaussures remplies de neige pour la voie Amy-Vayet. Heureusement l’ascension se passe bien, à part le « vent » (je mets vent entre guillemets parce que je ne connais pas le superlatif de « vent »…), une corde coupée lors d’un rappel (petit stress? non… gros stress…) et une chute dans une crevasse… Mais qu’est-ce qu’on fout là? Heu… c’est joli la montagne non?
De retour de ce voyage, 2 mois avec Oli et Logan, 2 mois avec des proches, il faut d’abord le temps d’atterrir, puis de se reposer. Revient ensuite cette question: mais qu’est-ce que j’ai été faire là-bas? Admirer de beaux paysages, gravir des sommets de (mes) rêve(s), réaliser des ouvertures, le tout en passant de supers moments avec mes compagnons-compagne de cordée… oui mais… le risque, le danger est bien là, le stress omniprésent lors de toutes les ascensions, de mauvaises expériences à répétition (chutes de pierres, cordes coupées, cadavres, un mort, …). Et pourtant une folle envie d’y retourner (là ou ailleurs évidement). La montagne ça s’admire, se respecte et se ressent… et c’est magnifique!

Nous voudrions particulièrement remercier toutes les personnes qui nous ont permis d’accomplir ce voyage, mais aussi les marques Peak Performance et Cumulus, ainsi que le magasin Lecomte.
https://www.youtube.com/watch?v=f5-Wct7HeCM&feature=youtu.be
Et si tu as 2 secondes: pour mes projets futurs, on m'a demandé de me créer un site personnel. Si tu pouvais me dire ce que tu en penses => https://francoiskivik.wordpress.com/

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